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Activité partielle de l’entreprise : tout ce qu’il faut savoir

2 août 2021 par Mihaela Mita - Lecture 8 min.
Activité partielle de l’entreprise : tout ce qu'il faut savoir

Lorsque les entreprises traversent des périodes difficiles et souhaitent prévenir les licenciements, elles font appel à ce qu’on appelle l’activité partielle (AP). Cela veut dire que l’activité de l’entreprise est réduite ou suspendue temporairement, tout en conservant la possibilité de maintenir les emplois des salariés. Découvrez tous les aspects importants de ce dispositif, les nouveautés issues de la loi de finances pour cette année, ainsi que tous les changements au 1er mai 2021.

Suite aux annonces du 9 décembre 2020 de la ministre du Travail, la prise en charge à 100% de l’activité partielle pour les secteurs les plus touchés par la crise sanitaire s’est poursuivie jusqu’à fin janvier 2021. Les autres secteurs, ayant 15% de reste à charge, on vu leur dispositif prolongé en janvier également.

Le décret du 24 décembre fixe au 1er mars 2021 la réduction à 3 mois de la durée maximale d’activité partielle prévue par le décret du 30 octobre 2020. Ainsi :

  • Pour les demandes d’autorisation préalables de placement en activité partielle adressées après le 1er mars, la durée maximale sera de 3 mois ;
  • Pour les demandes antérieures au 1er mars, la durée maximale reste de 12 mois.

Activité partielle : les différents cas

L’activité partielle s’adresse aux entreprises qui subissent soit une fermeture temporaire d’établissement, soit une réduction de la durée habituelle de temps de travail dans le cadre de l’établissement concerné.

L’entreprise peut bénéficier de l’activité partielle quand la réduction ou la suspension temporaire d’activité est imputable à la conjoncture économique, à des difficultés d’approvisionnement ou à des sinistres ou intempéries à caractère exceptionnel.

Les sociétés peuvent aussi faire appel à l’activité partielle en cas de transformation, de restructuration ou modernisation de l’entreprise ou de toute autre circonstance exceptionnelle.

Évolution du dispositif en 2021

Le niveau d’indemnisation du salarié va progressivement diminuer au cours de l’année 2021 selon le secteur d’activité.

A compter du 1er mai 2021 :

Pour les secteurs protégés, les entreprises soumises à des mesures de restriction de fermeture ainsi que les entrepris situées en zone de chalandise de stations de ski, le salarié percevra une indemnité égale à 70% du brut dans la limite de 70% de 4,5 fois le SMIC. L’indemnité horaire sera de 8,11€ minimum.

Pour les autres secteurs durant cette période, l’indemnité passe à 60% du brut dans la limite de 60% de 4,5 fois le SMIC. L’indemnité horaire reste fixée à 8,11€ minimum.

A compter du 1er juin 2021 : 

Au 1er juin 2021, l’indemnisation du chômage partiel va diminuer : les salariés ne toucheront plus que 60% de leur salaire brut (contre 70%), soit 72% de leur salaire net (contre 84%).

Les salariés appartenant à une entreprise faisant partie d’un secteur protégé ou d’une entreprise connexe connectée à ces secteurs avec une forte baisse de chiffre d’affaire continueront de toucher 70% de leur salaire brut jusqu’au 30 juin 2021. La diminution de l’indemnisation de ces salariés ne s’opèrera qu’à compter du 1er juillet 2021.

Pour les salariés des entreprises qui accueillent du public et faisant l’objet d’une fermeture administrative et subissant une forte baisse du chiffe d’affaires en raison des restrictions territoriales, l’indemnité restera à 70% du salaire brut jusqu’au 30 juin 2021. Au 1er juillet 2021, l’indemnité baissera à 60% comme pour les autres salariés en chômage partiel.

Pour la prise en charge par l’État de l’indemnisation, elle variera selon les situations :

  • Pour le cas général, l’État prendra en charge 60% du chômage partiel, soit un remboursement de 36% de la rémunération du salarié ;
  • Pour les entreprises des secteurs protégés, la prise en charge est totale jusqu’au 31 mai 2021, puis 85% du 1er au 30 juin 2021, pour ensuite baisser à 60% à compter du 1er juillet 2021 ;
  • Pour les entreprises fermées administrativement, l’État prend en charge la totalité de l’indemnisation jusqu’au 30 juin 2021, puis à 60% à compter du 1er juillet 2021.

A compter du 1er juillet 2021 : 

  • Le taux d’indemnité d’activité partielle est diminué à 60 % pour les entreprises relevant du secteur cas général. Cependant, le taux d’indemnité d’activité partielle est maintenu à 70 % pour les salariés en garde d’enfant, les personnes vulnérables, les secteurs protégés et connexes et les entreprises fermées.
  • Le taux d’allocation d’activité partielle est diminué à 36 % et le taux plancher à 7,30 € pour les entreprises relevant du cas général. Néanmoins,  le taux plancher est maintenu à 8,11 € pour les salariés en garde d’enfant, les personnes vulnérables, les secteurs protégés et connexes et les entreprises fermées.

A compter du 1er août 2021 : 

  • Pour les employeurs qui exercent leur activité principale dans les secteurs dits « connexes » aux secteurs les plus touchés par la crise sanitaire, le taux de l’allocation sera ramené à 52% de la rémunération antérieure brute.
  • La liste des secteurs connexes a été complétée au JO le 25 juillet 2021et inclut désormais le secteur des « fabricants de vêtements de dessus et fabrication de vêtements de dessous ». Ces entreprises pourront ainsi percevoir l’allocation si elles ont subi une perte de chiffre d’affaire d’au moins 80% par rapport à 2019 ou 2020.

Procédure de mise en place

Pour pouvoir mettre en place l’activité partielle, une demande préalable d’autorisation d’activité partielle devra être adressée au préfet du département où l’établissement concerné est implanté. La demande envoyée par voie dématérialisée doit préciser les motifs qui justifient le recours à l’activité partielle, la période prévisible de sous activité, ainsi que le nombre de salariés concernés.

Pour information, l’ordonnance n° 2020-460 du 22 avril 2020 (JO du 23) a permis d’aménager temporairement le dispositif et de placer des salariés aussi de manière individualisée en activité partielle. Cela doit néanmoins être mis en place par accord collectif (d’entreprise, d’établissement ou de branche) ou, à défaut, après avis favorable du CSE ou du conseil d’entreprise.

Le délai de réponse de la demande effectuée (décision favorable ou défavorable) est de 15 jours. En absence de retour dans cet intervalle, l’autorisation est tacitement accordée. Les cas de force majeurs (sinistre/intempérie etc.), l’autorisation n’intervient qu’à posteriori dans un délai de 30 jours.

Dans le contexte Covid-19, l’autorisation peut être accordée pour une durée de 12 mois, contre 6 mois auparavant.

Les avantages pour les employeurs

Si l’employeur place ses salariés en activité partielle, il peut percevoir une allocation financée conjointement par l’État et l’assurance chômage. Dans le cadre de l’ancien dispositif, celle-ci était en valeur de :

  • 7,74 € par heure chômée par salarié pour une entreprise de 1 à 250 salariés. (5,84 € par heure à Mayotte) ;
  • 7,23 € par heure chômée par salarié pour une entreprise de plus de 250 salariés (5,46 € par heure à Mayotte).

Actuellement, dans le contexte Covid-19, le montant minimal de l’allocation versé pour les salariés rémunérés au SMIC est de 8,11€ par heure non travaillée par salarié. L’indemnisation est plafonnée à 60% de la rémunération brute antérieure dans la limite de 4,5 SMIC par heure non travaillée par salarié.

L’allocation que l’employeur reçoit de la part de l’État et l’Unédic  permet quasiment  de couvrir la rémunération d’un salarié au Smic. Les indemnités d’activité partielle versées par l’employeur à ses salariés ne sont assujetties ni aux cotisations de sécurité sociale, ni au versement forfaitaire sur les salaires.

Pendant les heures chômées, le contrat de travail des salariés placés en activité partielle est suspendu (et non rompu), les salariés restent donc « liés » à l’employeur par leur contrat de travail.

Activité partielle et secteurs protégés

Selon le secteur d’activité de l’entreprise demandant la mise en activité partielle, l’allocation varie. Plusieurs secteurs, lourdement impactés par la crise sanitaire du Covid-19, ont été classés comme secteurs protégés. Sont ainsi concernées les entreprises des 58 secteurs relevant des activités suivantes :

  • Tourisme ;
  • Hôtellerie ;
  • Restauration ;
  • Sport ;
  • Culture ;
  • Transport de personnes ;
  • Évènementiel.

Dès que l’employeur a obtenu l’autorisation administrative, il peut déposer sa demande d’indemnisation pour obtenir le remboursement mensuel des rémunérations versées à ses salariés, dans la limite d’un plafond de 1000 heures par an et par salarié.

L’allocation est fixée à 60% de la rémunération horaire brute, soit 8,11€  minimum et 27,68€ maximum. Le paiement est effectué par l’ASP pour le compte de l’État.

Modification du régime de l’activité partielle

Les principaux changements issus de la loi de finances pour 2019 font référence à la prescription des demandes de l’employeur visant à se faire rembourser les allocations, ainsi qu’aux nouvelles sanctions en matière de fraude à l’activité partielle. Ces mesures sont appliquées aux demandeurs de versement effectuant la demande préalable d’autorisation de recours à l’activité partielle à compter du 24 septembre 2018.

Selon l’article 5122-1 modifié du Code du Travail, le délai durant lequel l’employeur peut solliciter le paiement de son allocation auprès de l’Agence de services et de paiement (ASP) a été ramené à un an (au lieu de 4 ans) après le terme de la période couverte par l’autorisation. Au-delà de cette période, la demande sera prescrite.

Les fausses déclarations concernant l’allocation d’activité partielle constituent du travail illégal.  La DIRECCTE peut refuser d’accorder cette aide à l’entreprise concernée pendant une durée maximale de 5 ans. L’agence de services et de paiement peut aussi demander le remboursement de tout ou une partie de l’allocation versée.

Les demandeurs essayant d’obtenir de manière frauduleuse ou de tenter de faire obtenir frauduleusement l’allocation d’activité partielle, sont passibles de 30 000 € d’amende et de 2 ans d’emprisonnement.

Déclaration en DSN de l’activité partielle

Dans le cadre de la DSN, si la rubrique « Forme d’aménagement du temps du travail dans le cadre de l’activité partielle – S21.G00.40.078 » est renseignée, alors au moins un bloc « Rémunération – S21.G00.51 » dont la rubrique « Type – S21.G00.51.011 » est renseignée avec la valeur « 019 – Heures d’activité partielle » et dont la rubrique « Nombre d’heures – S21.G00.51.012 » est renseignée avec une valeur supérieure à 0 doit être présent pour le salarié concerné.

De plus, si la rubrique « Forme d’aménagement du temps du travail dans le cadre de l’activité partielle – S21.G00.40.078 » est renseignée, alors au moins un bloc « Autre suspension de l’exécution du contrat – S21.G00.65 » dont la rubrique « Date de début de la suspension – S21.G00.65.002 » est renseignée et dont la rubrique « Motif de suspension – S21.G00.65.001 » est renseignée avec la valeur « 602 – Chômage sans rupture de contrat » doit être présent pour le salarié concerné.

Selon la situation, la déclaration en DSN d’une activité partielle va varier. Les situations suivantes sont à titre d’exemple.

Pour une activité habituelle à 35 heures :

Dans une entreprise de moins de 250 salariés, un salarié passe de 35 heures de travail par semaine à 20 heures en raison de l’activité partielle. Les modalités seront les suivantes :

  • Unité de mesure de la quotité de travail : 10 heures ;
  • Quotité de travail de référence de l’entreprise pour la catégorie de salarié : 151.67 ;
  • Quotité de travail du contrat : 151.67 ;
  • Forme d’aménagement du temps de travail dans le cadre de l’AP : « autre temps de travail hebdomadaire » ;
  • Date de début de période de paie : date de début de la période d’AP ;
  • Date de fin de période de paie : date de fin de la période d’AP ;
  • Type de rémunération : 019 – heures d’AP ;
  • Nombre d’heures : durée légale hebdomadaire – durée réalisée : 35h – 20h = 15h à indemniser ;
  • Montant de l’indemnisation : 15h x 7,74€ = 116.10 €
  • Motif de suspension de l’exécution du contrat : 602 – chômage sans rupture de contrat ;
  • Date de début de la suspension : date de début de la période d’AP ;
  • Date de fin de la suspension : date de fin de la période d’AP.

Pour un forfait heures hebdomadaires :

Dans une entreprise de moins de 250 salariés, un salarié passe d’une forfait heure conventionnel fixé à 39 heures par semaine à une activité partielle à 20 heures par semaine. Les modalités seront alors les suivantes :

  • Unité de mesure de la quotité de travail : 10 heures ;
  • Quotité de travail de référence de l’entreprise pour la catégorie de salarié : 169.00 ;
  • Quotité de travail du contrat : 169.00 ;
  • Forme d’aménagement du temps de travail dans le cadre de l’AP : 01 – forfait hebdomadaire ;
  • Date de début de la période de paie : date de début de la période d’AP ;
  • Date de fin de la période de paie : date de fin de de la période d’AP ;
  • Type de rémunération : 019 – heures d’AP ;
  • Nombre d’heures : durée légale hebdomadaire – durée réalisée : 35h – 20h = 15h à indemniser ;
  • Montant d’indemnisation : 15h x 7,74€ = 116.10 €

Les 4 heures chômées (de la 36ème à la 39ème) seront considérées comme chômées. Cependant elles n’ouvriront pas le droit au versement de l’allocation d’activité partielle, ni à l’indemnisation du salarié par l’employeur.

Dispositif d’urgence sanitaire COVID19

L’épidémie de coronavirus en France a eu pour conséquence un passage massif à l’activité partielle pour les entreprises ne pouvant pas recourir au télétravail.

Le décret publié le 25 mars 2020 vise à simplifier la procédure, et est entré en vigueur dès sa publication. L’ordonnance du 1er avril 2020 précise que la suspension des délais implicites d’acceptation résultant du décret ne s’applique pas aux demandes préalables d’autorisation d’activité partielle, même celles effectuées avant cette ordonnance.

Le décret modifie les modalités de calcul de l’allocation compensatrice versée par l’État aux employeurs qui passent leur entreprise en activité partielle. Il aligne les modalités de calcul de cette allocation sur celles applicables pour l’indemnité due aux salarié, et supprime également le reste à charge pour l’entreprise (pour les rémunérations inférieures à 4,5 fois le SMIC).

La procédure de dépôt des demandes est également assouplie, en permettant à l’employeur un délai de deux mois pour consulter son CSE et transmettre sa décision à l’administration. Le délai de transfert est de 30 jours à compter du placement des salariés en activité partielle lorsque la demande est justifiée par le motif de circonstances exceptionnelles.

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