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Le burn-out – une réalité inquiétante

10 mai 2016 par Izabela Sula Gonzalez - Lecture 5 min.

Depuis le tournant du siècle, le terme de burn-out s’est imposé dans le langage courant pour décrire l’épuisement professionnel des salariés. En France, plus de 3 millions de salariés sont menacés par cette maladie professionnelle non répertoriée à ce jour. Pourtant, la réalité du burn-out dans le monde du travail ne peut plus être niée. Nous profitons de la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail qui a eu lieu la semaine dernière pour tirer un signal d’alarme face au stress continu au travail et son impact.

 

LE STRESS AU TRAVAIL COMME CAUSE DU BURN-OUT

Le stress lié au travail, avec le burn-out comme l’une des conséquences les plus sévères, est désormais généralement reconnu comme un problème mondial affectant tous les pays, tous types de professions et de travailleurs. La journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, célébrée cette année le 28 avril dernier, a justement été axée sur le thème du stress au travail comme un défi collectif.

Le lieu de travail est une source importante de risques psychosociaux : concurrence accrue, attentes élevées sur la performance, longues heures de travail. Tout cela le fait devenir un environnement toujours plus stressant. Avec le rythme de travail dicté par les communications instantanées, la séparation entre le travail et la vie privée est de plus en plus floue. De plus, la situation économique généralement difficile intensifie les inquiétudes des salariés, avec des graves conséquences pour leur santé mentale et leur bien-être.

Dans ce contexte complexe, une souffrance pathologique liée au travail – dépression, trouble anxieux ou burn-out – peut s’installer facilement. Le burn-out caractérise l’état de fatigue profond d’un salarié au bord de l’épuisement professionnel. Détecté initialement chez des professionnels émotionnellement très exposés (infirmiers, pompiers, policiers etc.), il touche aujourd’hui potentiellement l’ensemble de la population.

Les chiffres du phénomène sont alarmants. Selon le baromètre du climat social et de la qualité de la vie au travail publié par Cegos fin 2015, un quart des personnes interrogées soutient avoir subi au cours de sa carrière un problème psychologique grave de type burn-out, 61 % déclarent le stress omniprésent au travail et, plus alarmant, 78 % estiment que ce stress régulier a un impact négatif sur leur santé. 5 à 10 % de tous les salariés seraient touchés par le burn-out à des degrés plus ou moins élevés.

 

LE BURN-OUT : MALADIE PROFESSIONNELLE NON RECONNUE

Le projet de loi sur le dialogue social et l’emploi (dite Rebsamen) prévoyait il y a environ un an que les pathologies psychiques (parmi lesquelles le burn-out) soient reconnues, ponctuellement, comme maladies d’origine professionnelle. Cependant, pas question de les introduire dans le tableau des maladies professionnelles. En revanche, ces dispositions devaient faciliter les démarches des victimes du burn-out auprès des comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles et permettre leur indemnisation par la branche « AT-MP » de la Sécurité sociale (financée par les entreprises, et non plus par le régime général).

Malheureusement, l’article proposant de reconnaître le burn-out comme une pathologie liée au travail a été supprimé avant l’adoption définitive de la loi l’été dernier. La raison : la définition du burn-out est imprécise et sujette à interprétation entre ce qui est imputable à l’employeur et ce qui relève de la situation personnelle du salarié. Le gouvernement a donc invoqué une pluralité de facteurs du burn-out – professionnels mais aussi privés ou « familiaux » – pour conclure que le faire reconnaître en maladie professionnelle risquerait de faire exploser le nombre de cas.

La reconnaissance en maladie professionnelle se fait aujourd’hui au cas par cas, en prouvant l’origine purement professionnelle des facteurs menant au burn-out. Cela se fait après un examen personnalisé de la situation, par un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles.

Concrètement, pour qu’un dossier soit accepté, il faut que le salarié malade présente un taux d’incapacité permanente partielle de 25 % minimum. Ce seuil élimine la majorité de cas de burn-out. C’est pourquoi les comités susmentionnés reconnaissent un peu plus de 200 cas de burn-out chaque année, ce qui est peu étant données les statistiques. Afin de permettre la prise en compte de tous les cas, sans distinction, le seuil de 25% devrait disparaître pour les pathologies psychiques.

Mise à jour du 15 juin 2016:

La procédure de reconnaissance des maladies d’origine professionnelle – y compris le burn-out – est adaptée par le décret 2016-756 du 7 juin 2016, JO du 9. Afin de faciliter la reconnaissance du caractère professionnel des maladies psychiques, ce décret prévoit l’intégration d’un spécialiste aux comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP).

Le spécialiste peut être un professeur des universités-praticien hospitalier ou un praticien hospitalier spécialisé en psychiatrie. S’il estime nécessaire, le médecin-conseil du CRRMP doit faire appel à l’avis d’un médecin spécialiste ou compétent en psychiatrie.

Le décret introduit également la possibilité d’un examen des dossiers les plus simples par deux médecins au lieu de trois actuellement. Dernièrement, il modifie plusieurs points de la procédure d’instruction suivie par les comités.

 

DÉTECTER ET PRÉVENIR LE BURN-OUT

Une chose est sûre : la pleine reconnaissance du burn-out est encore loin d’entrer dans le code du travail. Nous parlons néanmoins d’une pathologie sévère affectant des millions des salariés. Il est alors important de savoir le détecter et le prévenir.

Les symptômes du burnout sont ceux d’une forme extrême de stress, se manifestant concomitamment sur trois plans différents :

  • Physiologique : fatigue chronique, douleurs diffuses, troubles du sommeil, insomnies etc.
  • Psychologique / affectif : dépression, hypersensibilité, manque de concentration etc.
  • Comportemental : baisse de productivité, irritabilité, agressivité, impulsivité etc.

Par conséquent, le traitement du burn-out est lourd et complexe, nécessitant au-delà du traitement médicamenteux, de la psychothérapie de reconstruction émotionnelle et un éloignement du travail. Ce dernier peut souvent intervenir pendant une très longue période, avec de grandes difficultés de réinsertion professionnelle.

Il est évident que le burn-out est un mal violent, destructeur et pernicieux. L’entreprise et ses collaborateurs doivent s’en convaincre et agir en conséquence. Pour l’entreprise en particulier tous les efforts doivent être dirigés vers la prévention du burn-out. Car, au-delà d’être source du problème pour l’organisation du travail et le management des individus, le lieu de travail est en même temps le lieu idéal pour y faire face en protégeant la santé et le bien-être des travailleurs.

Dans un premier temps, il convient de lutter contre la surcharge de travail et de donner d’avantage d’autonomie aux salariés dans leurs activités. Les salariés qui ne sont pas impliqués dans la prise des décisions et qui n’ont aucune zone de contrôle au travail sont aussi plus stressés. Les faire participer aux décisions a aussi pour effet d’améliorer la circulation de l’information à l’intérieur de l’entreprise. Or l’absence de communication est elle aussi une cause majeure de stress. Productivité, plus de motivation, satisfaction au travail – voici les effets d’entrainement de la participation et en même temps l’inverse du stress au travail et du burn-out.

De plus, il est nécessaire d’assurer un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée pour les salariés. Certaines modifications simples dans l’organisation du travail et le mode de fonctionnement de l’entreprise peuvent fortement contribuer à réduire le niveau de stress.

Dernier point, mais pas le moindre, avoir un style de management ouvert et solidaire, qui facilite les occasions d’interactions fructueuses, est très important aussi. Depuis plusieurs années, on entend parler de « healthy management » ou management « sain ». Il s’agit essentiellement de l’inclusion dans les pratiques managériales, de la reconnaissance, du respect, de l’empathie, du soutien et du sens donné aux tâches prescrites. Cette dimension plus humaine est sans doute l’une des voies les plus importantes pour réduire le stress au travail et prévenir le burn-out.

 

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